Propagande ennemie : déformer la réalité


La vérité est la première victime de la guerre. Nous pouvons maintenant voir à quel point cela s’applique à cette guerre ukrainienne et à moi personnellement. De nombreux articles de propagande ennemie déforment les faits et donnent une fausse impression de la réalité.

(J’ai mis les liens plus bas. Je vous invite à lire ces articles après avoir lu ce que j’ai à dire. Vous comprendrez mieux comment la vérité peut être déformée ou manipulée. J’ai aussi inclus un article du groupe de Fact Checking de Voice of America, qui m’a d’ailleurs contacté. Je vous invite aussi à lire les commentaires des lecteurs pour voir le niveaux d’ignorance des prorusses.)

Tout d’abord, je ne suis PAS déçu par ma première expérience dans cette guerre ukrainienne. Certains articles affirment pourant que je suis pourtant « terriblement déçu ». Dans plusieurs entrevues, j’ai mentionné que « la guerre est une terrible déception », voulant par là dire que la guerre est une terrible déception en général, pour beaucoup de gens. De mon côté, j’ai beaucoup apprécié mon premier séjour en Ukraine ! Je m’attendais à ce que les choses soient compliquées et chaotiques et elles l’ont en grande partie été. La guerre un chaos, même lorsque vous gagnez ! La propagande prorusse affirme que je suis terriblement déçû moi-même alors que je ne n’ai jamais affirmé cela !

La guerre est une terrible déception en général. Plusieurs nouveaux soldats s’attendent à de glorieux combats au corps à corps avec l’ennemi, alors qu’en réalité le travail quotidien du soldat est d’occuper le terrain et de se protéger contre des armes lourdes modernes que la majorité des soldats ne verront souvent même pas ! Beaucoup de gens s’attendent à ce que les tireurs d’élite tirent toute la journée sur les soldats. En réalité, il est stupide pour un sniper de tirer sur un seul ennemi et de révéler sa position si ce même sniper peut commander l’artillerie et détruire toute la position ennemie, ceci sans même être détecté. Ce ne sont là que deux exemples de base. Beaucoup de gens sont choqués par leur première expérience de guerre. Certains soldats sont « faits pour la guerre » et se retrouvent rapidement à l’aise dans ce type d’environnement hostile. Je fais partie de ce groupe.

Lorsque j’ai quitté l’Ukraine après ce premier séjour, la situation était bien différente que lors de mon arrivée. Au début, il était question des Russes encerclant des armées et des villes, pour ensuite les capturer. Aujourd’hui la guerre risque de déborder en territoire russe et de mystérieux incendies en territoire russe commencent à ressembler à une insurrection ! Je me souviens de cette pensée d’un Allemand vivant sous les nazis : « Les soi-disant victoires se rapprochaient lentement de Berlin ». On dirait bien que les soi-disant victoires russes se rapprochent de plus en plus de Moscou !

La meilleure propagande est une propagande à la limite entre la vérité et le mensonge. Quand la propagande ennemie disait que j’étais mort, c’était de la mauvaise propagande parce que c’était facile à démentir. Il suffisait de simplement me montrer lors d’entrevues et par là prouver que j’étais toujours en vie. Maintenant, la propagande ennemie devient plus sophistiquée. Une propagande « de qualité » déforme la réalité sans mentir de manière trop évidente. Nous pouvons le constater avec les articles récents sur moi, qui déforment juste assez ce que j’ai dit pour que cela ait un fond de vérité. La propagande ennemie est également douée pour assembler un grand nombre de mes déclarations tout en les mélangeant avec des anecdotes auxquels je n’ai d’ailleurs souvent même pas participé. Quelqu’un qui lit ces articles a donc une vision déformée de la réalité. La réalité est pleine de nuances, tout comme la guerre. Qu’arriverait-il si je ne montrais que les pires photos d’une ville donnée ? Les gens penseraient que cette ville est laide et ne devrait pas être visitée. Dans les articles de propagande prorusse, les nuances sont enlevées. Par exemple, certains articles mélangent quelques-unes de mes déclarations avec des rumeurs concernant la Brigade Normande, unité avec laquelle je n’ai vu aucun combat et avec laquelle je ne suis restée que quelques jours.

La propagande prorusse donne l’impression que j’ai une mauvaise opinion des forces armées ukrainiennes et que c’est la raison pour laquelle je suis parti d’Ukraine. Je peux dire sans hésitation que les Ukrainiens sont les soldats les plus courageux que j’ai rencontrés jusqu’à présent. Ils sont plus courageux que la majorité des soldats canadiens, du moins selon mon expérience. Les forces armées ukrainiennes ne sont pas parfaites, mais tout de même efficaces. C’est la raison pour laquelle chaque critique constructive que je dis est accompagnée de nombreuses louanges. La propagande ennemie ne cite que certaines critiques, les utilisant hors contexte, ce qui déforme la réalité.

Beaucoup de choses pourraient être améliorées dans les forces armées ukrainiennes, de la même manière que nous pourrions améliorer les forces armées américaines, canadiennes ou françaises. Mes critiques envers les forces armées ukrainiennes constituent une critique constructive destinée à l’amélioration. Ce que je veux c’est que nous gagnions cette guerre contre la Russie. Cela est possible par une autoamélioration constante. C’est l’une des raisons pour laquelle j’écris un livre sur mon expérience dans cette guerre. Ce livre sera une arme. Il sera d’ailleurs traduit en ukrainien et contribuera à combattre encore plus efficacement.

Beaucoup de soldats ukrainiens n’ont pas d’expérience. Je ne suis pas frustré par cela, comme le prétend la propagande ennemie. Cela est tout à fait normal dans toute guerre, surtout au début. En fait, c’est une bonne chose que nous (les forces ukrainiennes) ayons autant de nouveaux soldats au front. Nous sommes maintenant plus nombreux que l’ennemi. Ces soldats inexpérimentés ne feront que s’améliorer. Ils s’améliorent déjà !

Je pense que les combattants étrangers sont une bonne chose. La propagande ennemie semble dire que mon constat des combattants étrangers est négatif. Ma conviction est pourtant tout le contraire ! Beaucoup des volontaires arrivent en Ukraine avec des attentes et des idées préconçues. La plupart sont terriblement déçus. Ceci n’est pas vrai seulement pour les combattants étrangers, mais pour tout type de soldat. Beaucoup de soldats réguliers avaient des attentes en Afghanistan, en Irak, en Syrie ou en Irak. De nombreux combattants étrangers ne sont pas de bons guerriers et ne vont pas au front, par peur. Mais encore une fois, on pourrait en dire autant de nombreux combattants non étrangers, qui évitent les patrouilles dangereuses.

Il y a eu des problèmes avec les combattants étrangers en Ukraine. Mais encore une fois, ceci tout à fait normal. Nous commençons tout juste cette guerre ! Imaginez que la plupart des employés d’une entreprise d’ingénierie civile n’aient aucune expérience à travailler ensemble et que certains n’aient aucune qualification technique. Imaginons que nous demandions à cette entreprise de construire un pont au-dessus d’un fleuve ! À quoi ressemblerait le chantier à ses débuts ? Ce serait le chaos ! La même chose se passe en Ukraine. Nous devenons tous plus expérimentés, petit à petit, les étrangers et les Ukrainiens.

Chaque jour, les choses s’améliorent avec les combattants étrangers en Ukraine. Lorsqu’une force opérationnelle de l’OTAN est déployée, il faut généralement environ un an pour former cette unité et l’envoyer à l’étranger. Ceci avec des soldats déjà entraînés et qui parlent la même langue. En Ukraine, nous n’avions pas ce luxe. Je pense que ce que les étrangers et les Ukrainiens avons fait jusqu’à présent est remarquable, compte tenu de la difficulté de la situation. N’oubliez pas que nous sommes une armée qui s’entraîne et combat en même temps !

Ce que j’ai trouvé particulièrement amusant dans l’article de La Presse (repris par la propagande prorusse), c’est la photo de moi qui a été choisie. Lors de la session de prise de photos, nous avons pris des dizaines de photos. La photo qui a été choisie est celle où je regarde au sol, comme si j’étais déprimé. En réalité, je profitais tous simplement de la nature autour de moi. J’étais donc heureux. Quelques secondes plus tard après cette photo, je regardais vers le ciel. En conclusion, à chacun de voir les choses comme il le souhaite : en regardant vers le haut ou vers le bas.

L’article de La Presse ayant servi d’inspiration à la propagande prorusse : cliquez ici.

Article prorusse de RT déformant la réalité : cliquez ici.

Article de Fact Checking de Voice of America, qui nuance et contredit les articles de propagande : cliquez ici.

Foi et Combat
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